Reflection Eternal

By Vîrus

On Huis-Clos

Released on November 20, 2015

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[Couplet 1]

Que ce miroir baisse les yeux

Je te jure que les miens ont déjà été bleus

J’ai bien l’intention d’aller mieux, un jour

Mais il se peut que je trouve ça lourd au bout de deux

À trop m’observer dans votre regard

Je me… je me perds à bien des égards

Mais je me reconnaîtrais pas si je devais m'confondre en excuses ; t’façon, t’sais quoi ?

Les excuses, c’est juste un prétexte pour recommencer

Je fais souffrir comme quelqu’un qui a beaucoup trop souffert ou, finalement, peut-être pas assez

Je reste zen, je reste zénèr

Galère d’être sur la mauvaise voie mais que ça t’empêche pas d’avancer

C’est dans le vide que je me complais

Complètement complexé, dire que certains tentent d’inventer

Une nouvelle façon de m’imiter

Trou du cul… tu peux marcher sur mes pas mais dis-moi que feras-tu, lorsque la neige aura fondu ?

Même mes proches ne me connaissent que de nom ou de vue

Pour beaucoup, je serais incapable de faire ça

En infraction de seconde, tout bascule ; t’appelles chez toi, tu dis :

« C’est moi » et on reconnaît même pas ta voix…


[Couplet 2]

Avec une cagoule, je me trouve élégant

Dans mon environnement, je me sens pas dans mon élément

Avant, ça allait à peu près , je me ressemblais

Maintenant, je meurs sans blé

La meilleure chose qu’on puisse offrir aux gens, c’est leur reflet

Déjà persuadé : dans le vague, personne se refait

Dès que j’aperçois des foules

Je pense à une mitraillette qui se défoule

Que je vous noue importe plus que ce que je nous voue

Mi fougue, mi raison

Bien sûr qu’elles me causent du tort vos comparaisons

Non, c’est pas que je t’aime pas, on se connaît pas en soi

Ce que je vomis chez toi, c’est juste l’image que tu me renvoies

J’ai plus le courage de ceux qui paraissent

On verra quand la question se reposera

Quand j’vois mes semblables, j’ai peur de devenir pareil

Ceux qui soulignent ma différence préfèrent ensuite que je la raye

Plus rien ne sera naturel

Je simule mes réflexes et arrive à un âge où tu restes tel quel

Condamné à faire durer ce sale quart d’heure

Ce qui est bien quand t’es vraiment tout seul…


C’est que tu commences à être plusieurs…


Ce qui est bien quand t'es vraiment tout seul

C'est que tu commences à être...


[Refrain]

J’étais pas moi-même donc forcément, je démens

Demande au temps qui court de bien vouloir être clément

Dans mon Trou Normand, j’suis passé du trouble au trouble

Pour accueillir le diable, il fallait bien que je me dédouble


J’étais pas moi-même donc forcément, je démens

Demande au temps qui court de bien vouloir être clément

Dans mon Trou Normand, j’suis passé du trouble au trouble

Pour accueillir le diable, il fallait bien que je me dédouble…

“Quand j’vois mes semblables, j’ai peur de devenir pareil”
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Cette crainte lexicalement absurde reste humainement très sensée : on ne veut pas ressembler à tout le monde, bien qu'on lui ressemble déjà beaucoup.

“Avec une cagoule, je me trouve élégant”
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Il n'aime tellement plus voir sa propre tronche qu'il se trouve classe quand il la cache.

Par ailleurs, Vîrus insiste de plus en plus sur le sous-texte du morceau qui semble indiquer que le personnage devient progressivement un malfaiteur : ni lui ni ses proches n'arrivent à croire ce qu'il fait, le mot “infraction” se glisse dans une expression avec laquelle il n'a rien à voir, et enfin le type se sent à l'aise quand il porte une cagoule.

Bringing sexy back

Cette phase fait également écho au passage suivant de la première piste de l'EP :

“Une blonde avec la boule à zéro, je trouve ça beau”

On peut noter aussi une analogie entre la “cagoule” et “élégant” que l'on peut entendre “et les gants”. Les gants s'associent parfaitement à la cagoule afin de garder l'anonymat lorsque l'on commet une infraction.

“J’étais pas moi-même donc forcément, je démens”
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L'acte de violence possiblement criminel qui a été insinué tout au long du morceau a l'air d'avoir été désormais commis, par un homme plus tout seul dans sa tête, donc dément.

C'est la raison pour laquelle il dément : ce n'était pas lui, mais l'autre lui.

“Pour accueillir le diable, il fallait bien que je me dédouble”
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Tout le morceau a servi à introduire le dédoublement de personnalité qu'a vécu le locuteur. Vîrus entérine le phénomène en usant directement de l'étymologie du mot “diable” pour expliciter le mal qui l'habite et qu'il fait.

En effet, le “diable” des religions abrahamiques est intimement lié à la dualité, par essence, là où Dieu est, au contraire, l'unité. C'est par exemple de la dualité que naissent de nombreux défauts comme le mensonge et l'hypocrisie, alors que l'honnêteté est une qualité liée à l'unité.

Et puis ce “refrain” est littéralement dédoublé, tant dans le texte que dans la voix. Cette voix n'est pas simplement doublée à l'unisson pour une impression de puissance (il ne fait pas juste les backs), mais à deux hauteurs différents, pour donner l'impression que deux personnes parlent.

Cet effet de dédoublement se poursuit sur une bonne partie de “Navarre”.

“J’ai plus le courage de ceux qui paraissent”
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Un jeu de mot permettant un double-sens :

  • “ceux qui paraissent” sont sûrement les gens (majoritaires) qui ne cachent en permanence leur “vrai” visage, ceux qui font des efforts en société pour rester “sortables”
  • mais on est obligé d'entendre aussi le mot “paressent”, d'où le paradoxe suivant : quelqu'un qui n'agit pas par définition ne peut pas se définir comme courageux, jeu de mot qui aboutit à une absurdité.

Mais l'homophonie a le mérite de faire penser que le règne du paraître peut se définir également comme le règne d'un conformisme paresseux et facile, d'où une égalité de courage finalement entre celui qui parait et celui qui paresse.

“C’est dans le vide que je me complais”
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Jeu de mots avec le verbe “complaire” dont la première personne du présent est l'homonyme de “complet”, par opposition au vide évoqué.

“Galère d’être sur la mauvaise voie mais que ça t’empêche pas d’avancer”
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Toujours dans l'autocontemplation, il se rend bien compte qu'il part en sucette. Malheureusement, ça ne suffit pas à le pousser à changer de voie. Une idée sans doute à rapprocher de cette phase issue de “Nouvelles du Fond” :

Qu'on soit tombé si bas, on se l'avoue mais c'est dur à admettre

Dans une autre dimension, Vîrus évoque les choix que l'on fait qui nous embarquent sur un chemin qui peut prendre toute une vie, même si ce n'est pas le bon, comme des choix de carrière : rester dans la musique même si c'est difficile d'en vivre, grimper les échelons hiérarchique dans une boîte qui ne nous plait pas, etc.

On peut relever enfin une homophonie de circonstance :
“…être sur la mauvaise voie mais que Satan pèche pas d'avancer”

“Ce qui est bien quand t’es vraiment tout seul… C’est que tu commences à être plusieurs…”
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Vîrus et Banane réalisent ici une superbe conjonction du texte et de l'instru pour générer un sentiment de malaise intense chez l'auditeur :

Vîrus entame sa phrase, la laissant de toute évidence en suspension, dans l'attente d'une résolution qui n'arrive qu'après quatre mesures d'instru seule, pendant laquelle la musique s'enrichit.

L'auditeur attend patiemment la conclusion en écoutant l'ambiance s'intensifier, et cette conclusion est pour le moins dérangeante : l'isolement du personnage, esquissé dès la première piste de l'EP, le fait sombrer dans la folie, sous la forme d'un dédoublement de personnalité.

La raison pour laquelle il ne se reconnaît pas devient ici flagrante. Il ne se reconnaît pas parce qu'il n'est plus tout seul, comme un Docteur Jekyll qui se rend compte de l'existence de son Mr Hyde.

Ce sentiment permet un énième rapprochement avec les paroles de “Nouvelles du Fond” :

Quand je vois le prix d'une conscience tranquille
J'attends la nuit pour aller voir mon Dr Jekyll

“C’est que tu commences à être...”
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Le fait que Vîrus ne finisse pas sa phrase en change le sens.
“Quand t'es vraiment tout seul, tu commences à être” toi-même, vu que plus personne ne t'influence.
Tu n'es plus le reflet d'autrui, mais ton propre reflet.

“Dans mon Trou Normand, j’suis passé du trouble au trouble”
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Le Trou Normand est une coutume qui consiste, entre deux plats, à prendre une dose de calvados (parfois accompagnée d'une boule de glace), pour “faire de la place” dans l'estomac.

Le Trou Normand désigne sûrement le coin dans lequel il vit, au propre comme au figuré :

  • un “trou” (souvent “paumé”) est un lieu assez isolé, loin de toute ville d'envergure
  • le “trou” est le lieu d'isolement maximal dans une prison, ce qui renvoie à la première piste de l'EP, qui traite de l'emprisonnement dans lequel on peut vivre en liberté
  • le “Trou Normand” étant une dose de calvados, il peut désigner l'alcoolisme dans lequel le personnage se décrit dans la deuxième piste de l'EP

Enfin, “je suis passé du trouble au trouble” permet, d'une part, de réaliser une homéotéleute en “trou”, mais aussi de détourner l'expression “du tout au tout” qui signifie un revirement total. Ici, c'est tout le contraire. Il n'y a aucun retournement de situation, juste une situation qui empire, ce qui est en totale cohérence avec la présence des quatre phrases en “Avant, ça allait à peu près…” présentes sur l'EP.

Bonne Nouvelle :

Avant, ça allait à peu près, je vivais seulement en marge

Marquis de Florimont :

Avant, ça allait à peu près, j'en avais juste besoin

Reflection Eternal :

Avant, ça allait à peu près, je me ressemblais

Navarre :

Avant, ça allait à peu près, j'entendais que des voix

“J’ai bien l’intention d’aller mieux, un jour Mais il se peut que je trouve ça lourd au bout de deux”
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Une détermination bien maigre, puisqu'il a prévu d'aller mieux, mais pas tellement par envie. Il fait plutôt ressembler ça au genre de bonnes résolutions qu'on prend au Nouvel-An, et auxquelles on renonce très rapidement.

“Dans le vague, personne se refait”
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Jeu de mot: “vague” – “se refait” (surfait)

“Bien sûr qu’elles me causent du tort vos comparaisons”
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Jeu de mots “tort”-“pas raison”

“Ce que je vomis chez toi, c’est juste l’image que tu me renvoies”
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Encore cette obsession pour le reflet, qui confirme le sens insinué du titre du morceau : reflet perpétuel.

“Renvoies” évoque l'expression “avoir un renvoi” qui signifie vomir, terme utilisé en début de mesure.

“À trop m’observer dans votre regard Je me… je me perds à bien des égards”
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Outre le miroir, le type s'observe aussi dans le regard des gens et là non plus, il ne se reconnaît pas.

A noter un jeu de mots égards/égare.

“Que ce miroir baisse les yeux Je te jure que les miens ont déjà été bleus”
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Dès le départ et tout au long du morceau, Vîrus va beaucoup user des deux sens du terme “réflexion” :

  • la réflexion de son image ou de celle d'autrui, dans un miroir ou un regard
  • la réflexion permanente qui le hante, comme si son esprit refusait de se reposer et devait toujours tout mettre en question

Comme le reste du texte va l'explorer, le personnage ne se reconnaît plus lui-même, ni dans sa vie ni dans le miroir, à commencer par ses yeux qui semblent s'être assombris avec le temps.

L'entrée en matière par un miroir renvoie directement au mot “Reflection” présent dans le titre, “Reflection” voulant dire “reflet” en anglais.

Le locuteur se déteste et, ici, semble se mettre un coup de pression tout seul, en se demandant a lui même de baisser le regard.

Il y a aussi possiblement une référence à la scène de Vince devant le miroir dans La Haine.

“Avant, ça allait à peu près, je me ressemblais”
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Comme chaque morceau de Huis-Clos décrit un aspect de la vie d'un dysfonctionnel qui empire, chaque morceau de l'EP contient, quelque part dans ses paroles, l'expression “Avant, ça allait à peu près”, qui introduit toujours un euphémisme permettant de se rendre compte de la gravité de la situation.

Bonne Nouvelle :

Avant, ça allait à peu près, je vivais seulement en marge

Marquis de Florimont :

Avant, ça allait à peu près, j'en avais juste besoin

Navarre :

Avant, ça allait à peu près, j'entendais que des voix


Ici, l'aspect de sa vie qui empire est son déphasage vis-à-vis de son environnement et surtout le décalage qu'il ressent vis-à-vis de lui-même. Comme toujours, il s'agit bien d'un euphémisme, puisque quand tu te “ressembles”, y a déjà un gros souci dans ta tête !

“Plus rien ne sera naturel Je simule mes réflexes et arrive à un âge où tu restes tel quel”
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Les réflexes sont par définition naturels, à partir du moment où on les simule on passe un cap, et on ne revient plus en arrière.

“Demande au temps qui court de bien vouloir être clément”
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Vîrus réalise à nouveau un jeu de mots impliquant le mot Cour (de Justice), comme précédemment dans “Bonne Nouvelle”.

Ici, il assimile le temps et son action à une Cour de Justice et ses décisions. Comme il pourrait demander à un juge de se montrer clément, il espère que le temps ne lui fera pas payer trop lourdement ses égarements.

“Maintenant, je meurs sans blé”
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La misère dans laquelle il évolue aujourd'hui lui permet de réaliser une superbe rime (à condition de prendre en compte un ‘e’ muet dans “ressemblais” et l'équivalence du e ouvert et du e fermé).

“Je reste zen, je reste zénèr”
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Le mot-valise “zénèr” est une sorte d'oxymore contracté, puisque “zen” et “vénèr” sont contraires.

“Ceux qui soulignent ma différence préfèrent ensuite que je la raye”
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Vîrus dénonce une forme d'hypocrisie présente chez des gens qui se rapprochent de lui parce qu'ils sont attirés par son personnage torturé et asocial, mais voudraient ensuite qu'il se montre robuste et sociable.

Peut évoquer le système scolaire, qui nous apprend vite que différer de la norme est une erreur…

Les enseignants y mettent effectivement les fautes en évidence afin que les élèves les corrigent.

On sait que Vîrus, par défiance et par jeu, prend un malin plaisir à courber les règles trop rigides de la langue française.

Est-ce que tu préfères qu’il caille ou que ça pue ?
Moi, je m’en fous, j’ai mouru, dans les deux cas, je m’habitue

Bonne Nouvelle

Ça m'aidera pas à m'conjuguer […]
Ça fait longtemps que j’m'ai tué […]
Touché spychologiquement, tellement de moments frustrants

Faites entrer l'accusé

Je pourrais remplir des champs de gens qui m'haïssent trop
Zavatta rigole plus

Lis tes ratures
C'est dans l'erreur qu'on se culture

#31#

“Trou du cul… tu peux marcher sur mes pas mais dis-moi que feras-tu, lorsque la neige aura fondu ?”
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Une rare occurrence d'ego-trip dans un texte de Vîrus, profitons-en !

La toute fin de la phrase est lourde de sens : on peut essayer de l'imiter, de le “recopier”, mais que fera-t-on quand la neige aura fondu, sous entendu qu'on ne comprendra même plus ce que Vîrus fera ?

Cela s'inscrit dans l'état d'esprit de la majorité de ses chansons où il décrit une personne qui “part en couille”, imprévisible…

“Complètement complexé, dire que certains tentent d’inventer Une nouvelle façon de m’imiter”
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Vîrus souligne deux absurdités :

  • il est hyper complexé, se sent loin d'être un modèle, et malgré cela, il fait des émules
  • les émules en question cherchent à l'imiter, en inventant une manière de le faire, sachant que l'invention et l'imitation sont des notions contraires.
“Les excuses, c’est juste un prétexte pour recommencer”
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Belle variation de l'instrumentale de Banane, qui en quelque sorte donne un nouveau départ au morceau et fait entrer Vîrus dans un nouveau rythme au moment où il prononce “un prétexte pour recommencer”, de plus, c'est ici que la voix de Vîrus se dédouble pour la première fois, comme on le retrouve un peu plus loin…
Peut-être même que tout ce qu'il rappe avant le mot “prétexte” est juste un pré-texte.

“Mi fougue, mi raison”
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Toujours adroit dans les jeux de mots, Vîrus nous en livre un beau ici, partant de l'expression “mi-figue, mi-raisin”, associée à quelque chose ou quelqu'un qui a une facette appréciable et une détestable.

L'adresse de Vîrus réside dans le choix de ces mots qui, par la nature de l'expression, doivent s'opposer. L'aveu est donc qu'il n'est pas toujours raisonnable et que c'est justement quand il ne l'est pas qu'il devient fougueux, actif, passionné.

“La meilleure chose qu’on puisse offrir aux gens, c’est leur reflet”
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Vîrus exprime une pensée véritablement positive ici : il considère qu'on ne peut rien offrir de plus beau à un proche que le miroir qui lui permet d'apprendre des choses sur lui-même dont il n'était même pas conscient.

Paradoxalement, Vîrus lui-même semble ne pas toujours adhérer à cette phrase, comme en témoignent plusieurs phrases du même texte :

Ce que je vomis chez toi c'est juste l'image que tu me renvoies

Quand je vois mes semblables, j'ai peur de devenir pareil

“Dans mon environnement, je me sens pas dans mon élément”
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Expression du déphasage extrême qu'il ressent : il ne se sent pas chez lui chez lui.

Une idée déjà exprimée sur “Bonne Nouvelle” :

Complètement paumé, je me bouffe encore des coins de placard

“Condamné à faire durer ce sale quart d’heure”
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“Un sale quart d'heure” est une expression désignant un moment difficile à passer, a priori de courte durée, bien que n'étant pas exactement de 15 minutes.

Le sale quart d'heure a l'air ici d'être la vie du locuteur, le climat dans lequel il déambule.

“Déjà persuadé”
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Forte similitude phonétique entre les formules “déjà persuadé” et “dès que j'aperçois des”.

Retour de plus en plus parlant de l'impression que le personnage sombre dans la furie meurtrière, déjà sous-entendu à plusieurs reprises.

“On verra quand la question se reposera”
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Encore un jeu de mot et encore un double-sens :

  • “on verra quand la question se reposera” est une façon classique de remettre à plus tard un questionnement important. “Se reposera” est alors à prendre dans le sens de “se posera à nouveau”
  • ici, la question a l'air d'être quelque chose qui le hante et qui, paradoxalement, l'empêche de réfléchir à ses actes. “Se reposera” serait donc à prendre comme “se calmera”.

Prise dans ce second sens, cette phase est très similaire à cette phase de “Nouvelles du Fond” :

Je me remettrai en question quand mes doutes douteront

“Je fais souffrir comme quelqu’un qui a beaucoup trop souffert ou, finalement, peut-être pas assez”
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Interrogation intéressante. Vîrus part d'abord du principe que si quelqu'un subit trop de drames, il devient insensible au mal qu'il fait aux autres, mais le remet immédiatement en question (il réalise donc une épanorthose) : peut-être que ceux qui se cachent derrière leur propre souffrance pour justifier celles qu'ils causent à d'autres sont capricieux et que s'ils s'en prenaient encore plus dans la gueule, ils y réfléchiraient et seraient plus attentionnés.

Cette remise en question était déjà sous-entendue dans le morceau “6.35” :

Violence légitimée par plein de faits marquants
Dans un bouchon, je me suis dit que je lirais Mein Kampf

“Que je vous noue importe plus que ce que je nous voue”
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Les pulsions sadiques qui l'animent prennent le pas sur une quelconque finalité qu'il pourrait envisager concernant lui et ses semblables. Il lui paraît plus essentiel d'attacher des gens que de leur faire quoi que ce soit par la suite.

Cependant, il a aussi de fortes pulsions altruistes : il préfère aider les gens à créer des liens entre eux que d'établir une relation avec eux. Il préfère aider les gens à se rapprocher, pour s'en éloigner lui-même par la suite. Ce comportement peut s'apparenter au “complexe du messie”, un trouble mental (non standardisé, qui ne peut pas être diagnostiqué) présent chez des personnes qui se sentent destinés à aider les autres, soit par manque total d'estime de soi, soit parce qu'ils se sentent très importants. Ce phénomène est souvent observé chez les patients diagnostiqués bipolaires ou schizophrènes.

“Mais je me reconnaîtrais pas si je devais m’confondre en excuses ; t’façon, t’sais quoi ?”
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Vîrus joue sur deux sens du verbe “confondre”. Se confondre en excuse étant l'acte de présenter de très humbles excuses (sans doute pour les torts qu'il a causés à autrui), il choisit cependant de dire qu'il ne se reconnaîtrait pas s'il se confondait, ce qui est un pléonasme.

“Même mes proches ne me connaissent que de nom ou de vue Pour beaucoup, je serais incapable de faire ça En infraction de seconde, tout bascule ; t’appelles chez toi, tu dis : « C’est moi » et on reconnaît même pas ta voix…”
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Non seulement lui ne se reconnaît plus, mais ses proches non plus, notamment dans ses actions (“je serais incapable de faire ça”).

On note aussi un jeu de mots entre “une fraction” et “infraction”.

“Non, c’est pas que je t’aime pas, on se connaît pas en soi”
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Deux manières de comprendre “on se connaît pas en soi” :

  • la plus courante, à savoir “on se connaît pas vraiment, en fait”, auquel cas il ne va pas détester quelqu'un qu'il connaît à peine
  • le plus subtile, à savoir “on ne se connaît pas soi-même”, auquel cas il ne lui est pas vraiment possible de se forger une opinion sur autrui, déjà qu'il lutte pour s'en faire une de lui-même (ce qui est le sujet principal du morceau).