Released on February 16, 2009

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[Couplet 1]

Peut-être bien un siècle qu'il est là

Planté droit, juste en bas de chez moi comme un éclat de magma froid

C'est un vieux mur fourbu, mal assis, mal vêtu

Au beau milieu du parvis, appuyé contre rien, suspendu à demain

Tous les chemins du coin mènent à lui

Toute la faune de l'asphalte s'en est faite un abri

C'est le réceptacle des insultes de tous les pays

L'impasse préférée des chômeurs en quête d'exploits

Le cendrier collectif des bonimenteurs en fin de droit

Où s'entassent les filtres qui ont donné leurs couleurs à nos doigts

On y explose parfois nos têtes

Lancés dans des bolides aussi gros que nos dettes

On y frotte nos crinières, on y rote des bières

En se promettant de baiser un jour la fille du maire


[Pont]

C'est un vieux mur décrépi qui nous compte, qui nous suit

Qui nous reconnait tous au bruit de nos pas

A l'allure, à l'haleine, à la nuque, à son poids

On croirait même parfois l'entendre murmurer "Reste là"


[Couplet 2]

C'est un vieux mur lépreux qui ne parle qu'aux gueux

Et qui regarde balancer les vies du berceau au cheval de bois

Du bac à sable à la table de trois

De la flemme à l'ennui, du brayage au bruit

De l'échec au ceinturon, du ceinturon à la rue

A ses ombres, à ses gardés à vue

Et puis de la solitude au moyen de la noyer sur les toits de l'immeuble

Du premier appart' au premier meuble

D'une paire de fesses trop bien ficelée

A une bouche qui demande à grailler neuf mois après

Du contrat précaire à la pension alimentaire

Du RMI au crédit, du crédit au crédit

Du trou d'air au trou noir, du trou noir au trou d'air

Du pas de trop au pas de travers

De l'amour qui ne se dit pas

A la haine qui se voit...

Quand adossé à ce vieux mur coasse le corbeau comme moi