Released on March 29, 2017

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Si vous existez

Fait’s-moi vot’ pus gracieux sourire

J’en ai gros su’ l’ cœur à vous dire

J’ suis en vein’ de sincérité !

(C’ que j’ les ai dans l’ nez

Ces muffs qui, sous l’ nom d’ « concurrence »

Ont créé eun’ sourc’ de souffrances

Un genr’ légal d’assassiner !)

Rendez-moi mes vingt sous

Car j’ai passé ma bell’ jeunesse

À m’ voir pousser des dents d’ sagesse

Quand j’avais rien à m’ fout’ dessous

J’ai fait tous les méquiers d’esclave

C’pendant j’ai jamais pu gagner

Ma boustifaille et mon loyer

À présent, m’ v’là, eune épave

J’ai l’ poil tern’ des bêt’s mal nourries

La dèch’ m’a fait la gueul’ flétrie

Ma jeuness’ reste étiolée…

J’ pourrai jamais m’en consoler

Mêm’ si qu’un jour j’ tournais au riche

Par un effet de vot’ bonté

Ce jour-là, j’ f’rai mett’ eun’ affiche : « ON CHERCHE À VENDRE UN CŒUR GÂTÉ. »

Mes poteaux ? Combien m’ont trahi !

Pourtant m’en rest’ quéqu’s-uns d’ fidèles

Mais pour la mouïse y m’ gagn’nt la belle

C’est comme un syndicat d’ faillis

Des Amours mignons m’ont pâli

Et la Vie les a massacrés

Mes mains les ont ensevelis

Mes yeux les ont beaucoup pleurés

J’ suis près d’ périr

Et v’là ma peine alle est ben vraie

Quand un malade il a eun’ plaie

Faut-y rien faire ou la guérir ?

Et j’ me vois comme à l’ambulance

Du champ d’ bataill’ de mes douleurs

Faut-y toujours téter ses pleurs

Et bouffer l’ pain d’ l’obéissance ?

L’ Printemps m’ soûle à son tour(Mon sang ça n’est pus d’ l’eau d’ lessive)

J’ai des bécots plein les gencives

Et j’ai les rognons pleins d’amour !

J’ l’ sais qu’ c’est la fête

Et que l’ temps d’aimer il est v’nu

Qu’y f’rait mêm’ bon d’aller tout nu

Avec au bras eun’ gigolette

Pour fair’ la culbut’ dans les foins

Sans culbutants et sans témoins !

Mais outr’ que j’ suis trop mal frusqué

J’ai pas d’ pèze pour en embarquer

Aucune a vourait d’ ma tristesse : Vous avez d’ l’instruction

Porquoi qu’y en a qu’ ont des maîtresses

Malgré qu’y n’aient pas d’ position ?

J’ suis l’ fils des vill’s, non d’ mon village

Si j’ai des envies, des besoins

C’est la faute aux grands magasins

À leurs ménifiqu’s étalages

On entend geindr’ le boulanger

Comm’ si qu’y s’rait près d’ son trépas

Et ses soupirs me font songer

Qu’y fait du pain où j’ mordrai pas

(Quoi y faut dir’ ? Quoi y faut faire ?

J’ai mêm’ pus la force de pleurer

J’ sais pas porquoi j’ suis su’ la Terre

Et j’ sais pas porquoi j’ m’en irai !)

(Quoi y faut dir’ ? Quoi y faut faire ?

J’ai mêm’ pus la force de pleurer

J’ sais pas porquoi j’ suis su’ la Terre

Et j’ sais pas porquoi j’ m’en irai !)

Sans vous commander

V’là qu’ ça m’ reprend, gn’a pas d’offense

J’ vourais comm’ dans ma p’tite enfance

Coller mon cib su’ deux nénés !

Sans qu’ ça vous froisse

J’ vous tends mon cœur, comm’ la Pucelle*

Et pis mes bras chargés d’angoisse

Lourds du malheur universel !

Car si j’étais seul à la dure

Je n’ vous pos’rais pas tant d’ porquois

Mais l’ pus affreux de l’aventure

C’est qu’y sont des meillons comm’ moi !

L’Homme est pas fait pour la misère

Et contrarier ses Beaux Désirs

Ni pour qu’ ses frangins l’ forc’nt à faire

Des cravails noirs et sans plaisir

Car y s’enferm’ dans des usines

Des quarante et des cinquante ans

Dans des bureaux, des officines

Alors qu’ les cieux sont éclatants

Si vous existez

Donnez-nous la moell’ d’être libres

Et d’ remett’ tout en équilibre

Suivant la grâce et la bonté !

Donnez-nous la liberté… !

Donnez-nous la liberté… !

Donnez-nous la liberté… !

Et quant à moi pour le présent

J’ vourais que mes faims soy’nt assouvies

J’ veux pus marner, j’ veux viv’ ma vie

Et tout d’ suite, pas dans dix ans !

J’ suis su’ la Terr’, c’est pour y vivre

J’ai des poumons pour respirer

Des yeux pour voir, non pour pleurer

Un cerveau pour lir’ tous les livres

Un estomac pour l’ satisfaire

Un cœur pour aimer, non haïr

Des mains pour cueillir le plaisir

Et non turbiner pour mes frères !

Soupé des faiseurs de systèmes

Ces économiss’s « distingués »

Des f’seurs de lois qui batt’nt la flemme

(Tout’ loi étrangle eun’ liberté !)

Soupé des Rois, soupé des Maîtres

Des Parlements, des Pap’s, des Prêtres

(Et comm’ j’ai pas d’aut’ bien qu’ ma peau

Il est tout choisi mon drapeau !)

Soupé des vill’s, des royaumes

Où la Misèr’ fait ses monômes

Soupé de c’ qu’ est civilisé

Car c’est l’ malheur organisé !

Nos pèr’s ont assez cravaillé

Et bien assez égorgillé !

L’Homm’ de not’ temps faut qu’y se r’pose

Et que l’Existenc’ lui tourne en rose

Si vous existez

Donnez-nous la forc’ d’être libres

Et que mes souhaits s’accomplissent

Si vous existez…

Car au Printemps, saison qu’ vous faites

Alorss que la Vie est en fête

Y s’rait p’-têt’ ben bon d’être eun’ bête

Ou riche et surtout bien aimé

Et que mes souhaits s’accomplissent …

(Ça s’rait ben bon, si c’ n’est justice !)