Correspondance

By Sept

On Le jeu du pendu

Released on November 1, 2008

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[Intro]

Fontenay-sous-Bois, 27 juin

Neuf heures et des poussières

Bonjour, vous êtes bien sur la messagerie de Manuel Guibert

J’suis absent pour l’moment mais... vous pouvez laisser un message après l’bip sonore

Ouais salut Manu, c’était Cédric

En fait j’t’appelais pour t’proposer un petit couplet qu’j’avais écrit là

Heu, le thème vite fait c’est l’errance nocturne

Et voilà, j’ai gratté un petit 20

J’vais t’le lâcher sur ta messagerie pour qu’t’entendes, tu vois, c’que ça peut donner, si ça t’branche

Donc vas-y j’te l’lâche, j’trouve juste un petit son vite fait


[Couplet 1 : Faro]

J'm’endors dans l'ventre du serpent d'fer, bruyant sommeil

J'm'enfonce dans les entrailles d'la Terre dès qu'est couché l'Soleil

Lumière artificielle, des galeries souterraines pleines de chromes sous les néons

Des peintres s'approprient un domaine dans la paume une bombe

Des expos non officielles de Bérault à Odéon

J'somnole, et la bête toujours plus profond m'emmène dans sa course folle

En face de moi une âme en peine s'noie dans l'alcool

C'monde est dur, peuplé d'gens seuls qu'en ont ras le bol

L'reptile s'arrête puis repart dans l'labyrinthe

Lâche toujours l'même sifflement strident, la même plainte

À la surface j'retrouve l'air libre et mes craintes

Nuit noire sur étoiles, j'avance dans la fourmilière sans but

Attendant qu'demain s'dévoile

Tourne en rond comme ces mecs en caisse qui surveillent leurs putes à poil

J'longe des files sans fin d'voitures endormies

Ces kilomètres de tôle me donnent le tournis

Leurs couleurs diffèrent et pareilles à la justice

Elles crachent la mort été comme hiver

Perdu dans la ville lumière, là où chaque artère charrie son lot d'vices

J'déambule et mille vers m'viennent

Illustrant à merveille ces soirs où j'traîne

Ma solitude, ma carcasse lourde de peines

Bah voilà, c’était vite fait, bah t’sais quoi, normalement j’déboule chez Lartiz’ tout à l’heure, on en reparle de vive voix. Voilà, à t’t à l’heure, ciao!

Place de la Nation, 10 heures 45, 27 juin


[Couplet 2 : Sept]

J'descends dans l'ventre du serpent d'fer souterrain

Repère des migrants du centre en guerre

Antre des centenaires sous vin qu'en arpentent tous les coins

J'me plante face au portique qui prend mes sous et s'plaint

À c'tarif pas vraiment modique tous les couloirs mènent à tous les trains

Tu payes pour voir, ça y est, suffisait d'le vouloir, t'as plus qu'à t'noyer dans la foule des chiens

Individualité broyée parmi des milliers d'regards flous éteints

Après il t'reste plus tellement d'égards pour les tiens

T'as du mal à croire qu'y ait la moindre idée qui s'cache sous l'écrin

Changement à Bastille direction place d'It'

Les déhanchements d'un tas d'filles font qu'ça passe vite

Quand y a des lignes en dérangement la masse flippe

Etrangement j'croise pas de flics

J'poursuis mon chemin en évitant les familles, les gamins, les mamies et leur arthrite

À un croisement y a des 'leurs sur des fraudeurs qui font carton plein

J'passe à leur hauteur j'arrive sur le quai v'la mon train

J'pose enfin mon cul sur un strapontin en rêvant à des territoires lointains

Si t'es d'ici c'est rien, tu sais bien qu'c'est comme ça qu'on tient

Là où t'es plus qu'une fourmi qui va et qui vient dans des wagons pleins

Chaque matin les mêmes qu'on croise, on s'toise mais on s'demande pas c'qu'on devient

Dans l'vacarme assourdissant des crissements d'rails et des crispations d'freins

Dans les tunnels du trom, des tags et des chromes; la guerre culturelle bat son plein

Ligne 5 terminus, j'ai comme un encombrement dans les sinus

Sombre pressentiment qu'on est tous des minus

J'sors lentement passe l'abribus

J'arrive devant chez Lartizan mais j'ai pas l'code et dans l'phone j'avais évidemment pas mis d'puce

Putain...


[Outro]

Laurent! Laurent!

Laurent! Laurent! Laurent!