Released on September 28, 2000

254K Views

Thumbnail

[Paroles de "La lettre"]


[Couplet 1 : Ali]

07/03, re-noi, j'ai reçu ta lettre du 25/02

Dehors, toujours la même merde, les stup' et les ragots à rôder

Des gars de confiance me disent connaître la poucave

Un ancien pote avec qui on aurait rappé

Bref, on verra après, Mounir m'a appris

Qu'tu partageais la cellule avec son frère, passe-lui la paix

Trahi par la raison quand elle manquait à l'appel

Trompé par les juges qui, de nos vies, n'ont jamais rien compris

Trompé dans la prison et ses murs pour les années qu'elle vous a pris

Berné par la folie et sa présence, tout est écrit

De la naissance et son cri jusqu'au linceul et son silence

Frérot, mes mots suffiront pas à scier tes barreaux

Mais à renforcer ta patience, faut en faire de l'acier

Touré a de bonnes nouvelles, il s'pourrait

Que Mala quitte Nanterre à la fin du mois

Louanges à celui qui fait avancer

Faut penser à éviter l'mitard

Qu'on voie nos têtes à la prochaine visite

Comment Booba qu'on dise à plus tard


[Couplet 2 : Booba]

18 août 98, dans cette putain d'maison d'arrêt

Ils m'disent que j'sors bientôt, à c'qu'il paraît

J'suis pas Snoop, j'rappe, ils s'en foutent, tu sais c'qu'ils m'ont dit ?

Faut qu'j'travaille pour que la pute me donne la condi'

Khami la sère-mi comme passer les fêtes au tard-mi

Je gamberge et sans mon zoula, impossible de dormir

Écoute Ali, ça va bientôt s'arranger, enfin j'crois

J'tourne avec deux-trois gars du 9-3

Chez nos ennemis, y a plus de monde, ils m'envoient pas de mandat

Pourquoi j'écris des textes de ouf ? Ils s'demandent

Au fait, paraît que l'industrie du disque a saigné

Et que les négros arrêtent pas d'signer

J'ai vu les autres au parloir, paraît qu'ça papote

Bien sûr, toujours les mêmes putes, ça sent la douille, ma couille

Maintenant, j'me tiens à carreau, parce qu'au mitard, ça sent la civière

Et j'rêve de baiser l'infirmière, négro

J'suis tombé si bas, qu'pour en parler faudrait qu'j'me fasse mal au dos

Putain, quelle rime de bâtard

Bref, quand je sors, ramène-moi une petite pute, bête, sans but

Je la ferai crier du bout d'ma longue bite

Quand on va kick', ça va être tragique, panique à la clinique

Magique, c'est du 11'43 ma 'sique

Sinon, dans ma cellule, je fais des pompes, j'écris des textes, je taffe

Et sur les murs, j'ai des photos de 'tasses

Et le maton m'guette, porte-clefs à perpétuité

Si, si, leurs mamans sont des prostituées

Maintenant j'sais j'peux compter sur qui

Merci d'ton aide, j'vais survivre, c'est pas l'bled ou la Turquie

La taule, c'est la pression, nourrit l'instinct d'révolution

Donc nique sa mère la réinsertion

Ils savent pas si j'aurais dû naître

Qu'ils aillent se faire baiser, moi, j'veux devenir c'que j'aurais dû être

Encore des semaines en solo, baise la FM seul

Tous comme des hyènes en chien d'chiennes derrière des chaînes

C'est cheum qu'on en arrive là

Pour qu'j'oublie, viens samedi qu'on reparle de cette vie-là

Dis bien aux dirigeants, et à leurs mômes

Qu'on a les mains chromées, yeux vert dollar, gun pour pas qu'les flics chôment

Clique, technique de barbare, sse-lai

J'harcèle la juge, bientôt, j'arrache les barbelés

On a du boulot, j'suis en manque de boule et d'goulot

Eh, tonton, j'te ferai goûter les pâtes au thon

On veut le roro, seulement si Dieu veut on l'aura

Pour l'instant, j'déchire mes draps pour faire des yo-yos

Salue les man, l'ami, paix à ton âme, la vie

Continue, envoie de la fraîche que j'cantine


[Outro]

- Terminé, on rentre !

- Je te charge d'un vrai boulot, à l'atelier de menuiserie. C'est un boulot payé

- Combien ?

- vingt-cinq cents de l'heure

- Y a pas à dire, le crime ça paie… oui, et ça occupe !

- À tout à l'heure