Released on November 30, 2012

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[Couplet 1 - Lucio Bukowski]

Frères et sœurs, je vous laisse mes plus sincères pensées

Un roman manuscrit, deux albums à séquencer

Assez dansé : je signe et saute dans le dernier wagon

Dans la veste, un billet aller simple pour de chauds lagons

J’ai laissé sous l’oreiller le liquide d’une scène au black

Dans l’armoire un peu de sable dans une vieille bouteille opaque

De quoi bien remplir ce track, tristounet comme Léotard

Quelques vidéos en attendant de s’voir autre part

Des BD de Will Eisner, des CD d’Herbie Hancock

Un poster de Mickey Rourke, une breloque même pas en toc

Quelques sapes même pas en vogue, deux-trois créanciers en rogne

D’où je suis je me marre bien, j’ai du papier dans les pognes

Je n’suis plus dans l’époque mais j’y laisse de belles images

Une machine à écrire, une fausse dent, du lessivage

Un diplôme inachevé, un peu de jazz dans le sillage

Un joli texte quand l’existence a la gueule dans le cirage

Frères et sœurs, je vous laisse mon peu de possessions

Essentiellement des livres : on n’refait pas ses obsessions

Sauf qu’à la réflexion, on sait toujours ce qu’on perd

Des photos de moi petit devant le garage de mon père

Je refuse les pleurs, fêtons plutôt ça au Sauternes

J’économise les frais puisque le rap est mon notaire

Je punaise ce testament sur le frigo puis vous embrasse

Mon encre est une liqueur de minimum 28 ans d’âge


[Couplet 2 - Hippocampe Fou]

Madame le notaire, vous êtes charmante

Votre décolleté est effarant

L’idée de vous appeler "Maîtresse" est exaltante

Mais veillez à bien prendre note de mon testament

Je lègue tous mes organes à mon boucher

Sauf mon cerveau, lui je veux qu’il soit chouchouté

Placé dans un tupperware hermétique

Enterré au pied de mon arbre généalogique

Mon corps momifié, je le lègue au musée Grévin

Les nonnes se mordilleront les lèvres à la vue de mes mains

Je lègue mes dents de lait à mon gorille en peluche

Mon jardin secret sera public, immense, illustre

Je lègue à tous mes potes mes vieux films de cul

Ceux de la belle époque des pubis velus

J'veux bien une tombe à mon nom, qu’on lui pisse dessus

Plus rien n’est dégradant quand on n'existe plus

Je lègue mes larmes à la mer, mes soucis à la pluie

Ma folie à ma fille, ma flamme à sa mère

Mes dettes à mon banquier, mes affres à la nuit

Mes aphtes à Paris, mes textes au monde entier

Mais mes-mes mots d'passe internet, mon haleine de putois

Le moulage de mon zgeg, mon dessin d’Vegeta

Ma dernière cigarette non je n’les léguerai pas

J’ai mis ça aux enchères et c’est l’affaire du mois


[Couplet 3 - Anton Serra]

J’vous léguerai mes textes inachevés sur Word et mon vieux HP

Un lien sur l'bureau de toutes mes vidéos en HD

Un SM-58 comme pour le rap, j’étais en mode

Un carnet d'Tickets Restau’ et quelques pièces sur la commode

J’vous laisse aussi cette dernière bancale, car même parti en cendres

J’continue de vous faire chier, un paquet d'dettes, ces poubelles à descendre

J’voulais écrire cette lettre un peu plus tôt pour le partage

Mais c’n’est pas pour ce trésor que vous crierez "à l’abordage"

Car mon seul coffre s’trouve en bas d’chez mes yorks

D'une R12-ventouse sans essence, garée rue du Dauph'

Si les cadeaux s’empilent, pensez bien de n’pas rêver

Cassez la vitre et faites les fils car j’ai égaré les clés

Quand j’cherche les mots comme un bavard illettré

La gorge nouée j’ai que si peu à vous offrir, nécessiteux

Pauvre indigent je l’étais, plus b’soin d’gratter là où je suis

J’possédais pas d’compte, j’vous laisse une boîte de chocolats suisses

Pendant qu’j’y pense c’est pas con, j’vous lègue aussi ma chatte

Et sa litière sur l’balcon, le lieu de ce sublime suicide

Prenez-en soin, ses catons la démangent terriblement

Et une portée d’chatons, pensez à moi durant les miaulements

Y’a un tas d’cartons, d’objets désuets dans l’cagibi

Et une chapka du KGB

Ici au cas où j’oublie de le rapper, une copie en manuscrit

Évidemment j’ai tout prévu pour mon testament