Notes d’un souterrain

By Lucio Bukowski

On Kiai sous la pluie noire

Released on November 13, 2015

Thumbnail


[Couplet 1]

Je rédige l'étendue de mes déserts internes depuis ce rade

Incertain, je suis un suicidaire maladroit qui se rate

Contempler ainsi la forme divine d'un sein de fille

Écrire, plonger dans mon âme : voici mon train de vie

Et c'est ainsi que commencent toutes les histoires qui finissent mal

Mais j'ai mieux qu'ça, l'espoir que je frémisse 'àl'

Et je n'insiste pas, mon art : donner du mien

Gratter des chansons qui, peut-être, te feront du bien

Échappé de l'ombre, je bâtis de vastes empires

J'ai l'air un peu triste mais, promis maman, j'm'en tire

Et vous dire que tout roule toujours serait mentir

À s'attacher à ses angoisses, c'est les revivre en pire

En ces jours, je songe à ceux qui les ont perdu tôt

Leur enverrai mon bon souvenir que je signerai Ludo

Trinque à vous en embrassant un bon goulot

"J'espère vivre digne" me dis-je en partant au boulot


[Refrain]

Je sais que j'essaye, je sais que j'essuie l'échec en grand

Je sens que je suis sans issu et signe un chèque en blanc

Environ l'avenir à vivre, nous virons de files en files d'attentes

Rappant nos vécus vaincus de ville en ville

Je sais que j'essaye, je sais que j'essuie l'échec en grand

Je sens que je suis sans issu et signe un chèque en blanc

Environ l'avenir à vivre, nous virons de files en files d'attentes

Rappant nos vécus vaincus de ville en ville


[Couplet 2]

En traversant les jours, j'ai pris des notes sur les enfers

Déjà trois fois dix ans ferme pour conduite exemplaire

Reste en berne, verse en bref deux-trois gouttes de cette liqueur

Me lève et achève ce petit texte vers sept-huit heures

J'évacue la bile, mon art et ma compote de prunes

À trop fréquenter l'orage, il y a des chances de brume

Et puis je flanche, je cuve dans un décor de dunes

Est-ce l'Orient, la Kabylie ou un effort de plume ?

Et je m'élève chaque instant des cendres de l'époque

Préserve mon âme quand les démons lèveront les cloques

Goûter la beauté : voici ma seule attache

Voir et me réjouir de voir : voici mon seul adage

M'attelle à la tâche, mais le sang a imprégné la page

Note pour plus tard : ravaler la vie quand Dieu la crache

De sa cage, le taulard façonne son propre carnage

Perdu comme un Posca dans les mains du Caravage


[Refrain]

Je sais que j'essaye, je sais que j'essuie l'échec en grand

Je sens que je suis sans issu et signe un chèque en blanc

Environ l'avenir à vivre, nous virons de files en files d'attentes

Rappant nos vécus vaincus de ville en ville

Je sais que j'essaye, je sais que j'essuie l'échec en grand

Je sens que je suis sans issu et signe un chèque en blanc

Environ l'avenir à vivre, nous virons de files en files d'attentes

Rappant nos vécus vaincus de ville en ville

““J’espère vivre digne” me dis-je en partant au boulot”
👍 0
×

Antithèse entre la dignité rêvée par Lucio pour lui-même et la réalité du travail salarié qui est aliénant par essence, qui dépossède le travailleur de sa liberté pendant son temps de travail et du fruit de son travail.
Lucio sait bien que le travail ne lui permet pas d'atteindre la dignité qu'il souhaiterait, mais il est malheureusement obligé de travailler, alors il y va en ayant conscience de cette absurdité.
D'ailleurs, il boit (comme dit dans le vers précédent) lorsqu'il doit partir travailler. On peut donc en déduire deux choses : d'une part, le travail le contraint puisqu'il doit arrêter de boire pour y aller, mais aussi, on pourrait deviner que Lucio est triste d'être obligé de travailler, et qu'il a recours à l'alcool pour soulager momentanément cette tristesse.

“Perdu comme un Posca dans les mains du Caravage”
👍 1
×

Posca est une célèbre entreprise spécialisée qui fabrique des marqueurs de peinture pour tout supports.

Caravage est le nom français donné à l'artiste peintre Michelangelo Merisi da Caravaggio (Michel-Ange).

Il a totalement révolutionné le monde de la peinture du 17ème siècle, notamment grâce à l'utilisation appuyée du “clair-obscur” et du naturalisme de ses oeuvres.

Scène de la création d'Adam par Michel Ange.


Autrement dit, un tel instrument (le Posca) placé dans les mains d'un tel artiste serait bien évidemment anachronique (hors de son époque) ; mais l'artiste ne saurait également pas quoi en faire, travaillant plutôt, à son époque, avec des pinceaux traditionnels.


Bonus Genius : l'artiste avait écrit un morceau intitulé “Posca Sec” en featuring avec Anton Serra sur le projet La plume et le brise-glace dans lequel il disait :

Douce apocalypse
Du plan Marshall au poste-cassette
Ce monde ne laissera pas d'trace
Comme un Posca sec

“Et puis je flanche, je cuve dans un décor de dunes Est-ce l’Orient, la Kabylie ou un effort de plume ?”
👍 0
×

Ici, le “décor de dunes” évoque bien sûr un désert.
Ainsi, Lucio joue sur cette image : l'Orient et la Kabylie comportent de réels déserts, tandis que l"‘effort de plume" s'apparente à l'angoisse de la page blanche ; dans cette image, la page et l'esprit de l'auteur sont tous les deux désertiques, c'est-à-dire complètement vides, respectivement d'encre et d'idées.

“Déjà trois fois dix ans ferme pour conduite exemplaire”
👍 0
×

Ici, Lucio, ayant la trentaine, compare la terre à une prison dans la quelle il est enfermé depuis 30 ans.

“Déserts internes”
👍 0
×

Le sample utilisé pour cette instrumental provient du groupe Camel (chameau) et de leur chanson Supertwister qui figure sur l'album Mirage.
D'ailleurs Lucio nous parle de décor de dunes d'Orient et de Kabylie dans le second couplet, on peut penser qu'il a écrit ce texte après avoir entendu l'instrumental envoyé par Kyo et qu'elle l'a inspiré.