Jon Osterman

By Eenzel

On Automne 92

Released on November 18, 2025

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Ce soir je souffle mes 33 bougies

Oui ça y’est j’ai atteint l’âge du Christ

Pourtant mon âme ne s’est pas adoucie

Petit cœur ne connaît pas la crise

Dix ans dans l’rap ça m’a bien endurci

Entre les vraies désillusions, les fausses promesses

Oui ma vie est toujours en sursis

Le chemin est long, mais t’inquiète ça progresse

J’essaye de faire ma place dans ce nouveau monde

Où tu peux d’venir connu en deux clics

J’ai à mon actif plus d’quarante-deux titres

Car dans ma vie le silence me plombe

En public j’dégaine le sourire d’la Joconde

Mais en coulisse je te jure c’est tout l’inverse

Trente années que j’attends qu’passe l’averse

Et j’ai d’jà un couplet dans la tombe

Quand je leur dis que je fais d’la musique

Ils m’répondent ah ouais? T’as combien d’followers?

Quand je traîne sur les réseaux j’hallucine

Du nombre de cassos qui percent sans honneur

Ils nous pondent des morceaux sans goût sans odeur

J’ai le cœur lourd comme rempli de ciment

On s’habitue p’tit à p’tit à l’horreur

Aux bombes, aux tueries, au bruit du silence

Ce putain d’monde est une caricature

J’aim’rais l’quitter mais j’ai trop d’trucs à dire

On r’garde en prime time mourir la nature

Ça tombe bien y’a qu’le glauque qui attire

Système pensé pour couvrir les raclures

Fais attention entre opposés ça tire

Les bedonnants veulent qu’on s’serre la ceinture

Et s’étonnent encore que l’on puisse les haïr

J’ai perdu des potes, j’ai perdu des kilos

Mon cœur à la flotte, il a trop pris l’eau

J’maudis cette époque je regrette celle des pogs

Quand j’ai le cœur froid j’fais chauffer le stylo

Acteur studio quand on est d’vant le physio

Mon psychiatre c’est l’ingé, c’est le studio

L’impression qu’ils jouent avec notre av’nir

Comme à pierre, feuille, ciseau

Ce monde de fou paraît irréel

J’me retrouve plus du tout parmi mes semblables

On avance malgré nos séquelles

Ça me fume quand j’vois des paquets à cent balles

Dans la loge je sens mon cœur qui s’emballe

Hors de question que j’déçoive le public

Ils savent que mes textes viennent de mes entrailles

Que sur scène je triche pas j’mouille la tunique

C’est peut-être mon tout dernier projet

Avant que je sois remplacé par une IA

Pour percer faut le passé de Mia

Les robots, les automates dansent le Mia

Ils nous r’gardent bien au chaud dans leurs villas

Font passer les gentils pour les vilains

J’préfère être reconnu à la Scylla

Que d’voir mes morceaux diffusés chez les forains

Ils ne savent même plus rapper sans plugins

Et pourtant j’vois l’public les applaudir

On sait bien qu’sans autotune ils sont rien

Mais ça de nos jours y’a personne qui ose le dire

J’ai peur pour mon rap et pour son av’nir

Ça fait trop d’mal d’le voir en pleine déroute

J’déprime quand j’vois les rappeurs en de’vnir

Avoir moins de vocabulaire que bébé Groot

Ouais j’ai compris qu’la vie n’fait pas d’cadeau

Y’a de moins en moins d’sourires sous l’sapin

Pendant qu’ils dorment dans leurs draps en satin

Le peuple noyé sous les factures tourne pas qu’à l’eau

Mais où sont les figures à la Khalo?

Et tout ceux qui avaient l’courage de l’ouvrir

Désormais les artistes s’tiennent à carreaux

Se gavent de contrats et dans l’noir nous laissent pourrir

Après l’bonheur j’en ai marre de courir

J’ai plus d’force laissez-moi sur l’bas côté

Ouais je chiale quand j’repense à son sourire

À nos nuits d’amour, à ses yeux, à sa beauté

Je regrette toutes ces années sabotées

Par la drogue, par l’alcool, par la bouteille

Si je vis d’la musique ça s’ra ok

Mais pour ça faut montrer les muscles à la Popeye

Les cimetières et les PMU

Sont remplis de pauvres gens qui auraient pu

Troisième projet ouais qui l’aurait cru

Lui dire que j’l’aimais ouais j’aurais dû

Tenir dans c’monde j’en suis p’têtre pas capable

J’suis perdu dans ce rythme infernal

Y’a de moins en moins de monde à ma table

J’comprends c’que ressent le Dr Manhattan