Released on January 1, 1938

Thumbnail

Le soir quand Julot, pour passer un moment

Dans un guinche près de la République

S’en va gambiller histoire de tuer le temps

Aux doux accents de la musique

Soudain tout s’éteint

Dans le noir, on entend…

Le pianiste, elle, parlé :

– Ah ! Mais c’est stupide, ça ! Je n’y vois plus rien maintenant !

J’peux pas jouer du piano comme ça !

– Ah, ben, n’vous fâchez pas ! Ça va, rallumez, rallumez, rallumez !

Là, ça y est, allez-y, continuez

– On reprend le tout ?

– Mais non, mais non, on continue, on continue

Chanté :

Un doux refrain mélancolique

Qui, rabâché par un vieil accordéon

Vous fait passer des frissons

C’est une java en mineur

Dont la mélodie mord le cœur

Les couples sans bruit

Traînant leur ennui

Tournent lentement dans la nuit

Elle vous flanque le cafard

Quand sur les visages blafards

Passe la lueur

D’un vert projecteur

C’est une java en mineur

Le pianiste, elle, parlé :

– Dites, Mademoiselle !

– Comment ?

– Vous savez, ça nous fait de drôles de gueules, ce projecteur vert

– Vous croyez ?

– Oh oui, c’est pas beau !

– Alors du blanc ! Du blanc !

– On reprend le tout ?

– Non, non, on continue, on continue

Chanté :

Julot, l’bal fini, mijote un mauvais coup

Dans le bureau d’un vieux notaire

Il a déjà fait sauter tous les verrous

Et fracturé un secrétaire

Soudain il entend à l’étage du dessous

La TeuSeuFeu d’un locataire

Alors Julot sent, le cœur glacé d’effroi

Ses cheveux s’dresser tout droit

C’est une java en mineur

Dont la mélodie mord le cœur

Et les yeux hagards

Cognant les placards

Julot frappe, frappe au hasard ! (Toc, toc, toc)

Le pianiste, elle, parlé :

– Enfin, arrêtez un peu ! Qu’est-ce qui vous arrive ? Enfin ! Vous êtes fou, non ?

– Je frappe !

– Ah, ben, j’m’en aperçois !

– Allons, bon !

– Ben, qu’est-ce que vous avez ?

– J’peux pas ouvrir le piano !

– Ah, ben, voyez ce que vous faites ! Vous devriez faire attention !

Là, ça y est ! Allons, continuez

– On reprend le tout ?

-- Non, on continue !

Chanté :

Puis il appelle Police-Secours (bruit de sirène)

Le pianiste, elle, parlé :

– Assez, assez, assez, assez !

– Mais c’est pas moi !

– Ah, bon, excusez-moi

Chanté :

On le trouva au petit jour

Blême de terreur

Grelottant de peur

C’est une java en mineur

Le pianiste, elle, parlé :

– On reprend le tout ?

– Mais non, on continue ! Ahhh…

Chanté :

C’est aujourd’hui que Julot passe en jugement

Tous ses copains sont de la fête

Entre deux gendarmes, assis bien sagement, il...

Le pianiste, elle, parlé :

– J’avais pas quelque chose à vous dire, là ?

– Ben oui, mais si vous vous en rappelez pas, faut rien m’dire ! Voyez, vous m’troublez au milieu de ma chanson ! Ohhh !

– Ah, j’vous jure !

– Vous n’avez qu’à reprendre le tout

– Mais non, on continue ! Ah, c’est un buté, lui, alors

Chanté :

Y pense : « On va s’payer ma tête. »

Mais v’là que tout à coup dans la salle on entend

Un doux refrain de bal musette

C’est le Jack du bal où ce qu’il allait le soir

Qui joue en bas sur le trottoir

Le pianiste, elle, parlé :

– Tam pa dam pa dam

– Ben, qu’est-ce que vous faites ? Ben, qu’est-ce que vous faites ?

– Le bal !

– Ah ! Ben, on ne m’entend plus ! Vous êtes fou, voyons ! Jouez plus calmement

Chanté :

Au son d’la java en mineur

Le président, le procureur

Les juges, les huissiers

Se mettent à danser

Le pianiste, elle, parlé :

– Ha ha ha ha

– Qu’est-ce qu'il y a ? Qu’est-ce qui vous fait rire ?

– Mais vous m’avez dit de rire à ce moment-là, si la salle ne riait pas

– Mais la salle a ri, voyons ! La salle a ri !

– Ah ! Si la salle a ri !

– Ah, ben écoutez, voyez ce que vous faites... Hem, hem... Hem, hem

– Vous n’avez qu’à reprendre le tout

– Mais non, mais non, mais non, mais non ! Voyez ce que vous faites ? Maintenant je ne me rappelle plus... Ah ! Ça y est !

« Tandis que Julot d’son côté »

Chanté :

Tandis que Julot d’son côté

Dans les bras de son avocat

Vers la porte glisse à petits pas

Et la joie au cœur

S’esbigne en douceur

Au son d'la java en mineur !