[Paroles de "Le carnet"]
En ouvrant la porte, y'a dit:
«C'pas ben grand pour un quatre et demi
Mais j'ai une TV vingt-sept pouces
Pis les bons disques, ben, j'les ai tous»
Y'avait jamais cru en l'amour
Lui, tout c'qui l'intéressait
C'tait une nouvelle fille tous les deux jours
Pis d'les noter dans son carnet
Il y'a faite visiter son appartement Gentiment
En pensant, bin, de finir par la chambre
Évidemment
Mais en traversant l'couloir
Qui donne direct dans le salon
Elle ignore son dortoir
Et pis elle s'assit dans le futon
Là, notre p'tit héros
Y'é un peu dérouté
Il s'enfarge dans ses mots
En pensant à un plan B
Il dit: «Moi, si j'étais toi, eh je m'assiérais certainement pas là
Écoute, c't'après-midi, y'a eu un gros dégât, bin oui, c'est, eh, le chien de ma cousine, là, qui s'appelle Tapioca
Ben j'veux dire que c'pas ma cousine, là
Mais son chien qui s'appelle comme ça
Anyway, là c'que j'te propose, dans c'te cas là
C'est de prendre une p'tite marche par ici
Tiens, chu galant, je t'offre même mon bras
On va s'installer dans mon lit
«Attends un peu, mon ti-casque
P't'être ben qu'on va baiser (Qu'a y dit)
Mais avant ça, prends ça relax
Va falloir travailler (Ah oui)
Chu pas le genre de fille facile
Qui se laisserait rouler comme ça
Pour m'avoir le premier soir
T'as besoin de me jaser ça»
Fa' que là, il lui a conté la fois
Où quand y'était petit
Y'était resté pris la langue sur un poteau de l'Hydro
Pis que ses amis étaient partis chercher l'appareil photo
Pis la fois où sa première blonde l'avait laissé devant tout le monde
Pis pire, la fois où à Ouija sa mère était revenue de l'au-delà
Lui dire: «J't'aime encore, mon gars»
Parce que quand y'avait quinze ans
Le cancer y'a volé sa maman
Pis là, y'est venu les yeux pleins d'eau
Pis le cœur tout ce qu'il y a de plus gros
Pis une fois ben parti
Il s'est arrêté juste au milieu de la nuit
Fa' que là, 'A y'a souri
Pis 'A y'a dit: «T'es ben correct
Pis en plus, t'es gentil
Pour c'que tu veux, O.K., chu prête»
Fa' qu'il s'est approché
Pis il l'a embrassée doucement
En mettant la main
Dans sa brassière, évidemment
Après le marathon des soupirs
Il s'est mis à ronfler comme un bûcheron
Pis elle, dans le temps de le dire
'A s'est éclipsée dans l'salon
Le lendemain matin
Quand il s'est réveillé
Il se sentait tellement bien
C'était clair, en dedans, y'avait changé
La fille était partie
Avec ses souvenirs les plus chers
Pis tout ce qu'a y avait laissé
C'était la folle envie d'la revoir
Il s'est levé en sifflant
Sachant où il sortirait ce soir
Le bar du Mouton Blanc
Il serait loup vêtu de noir
Il s'est mis à chanter
Son cœur battait comme un tambour
Le vent avait tourné
Il v'nait de découvrir l'amour
Mais en entrant dans l'salon
C'est là que son cœur a éclaté
L'amour était parti pour de bon
Avec son carnet pis sa TV, ouais