Released on May 13, 2008

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[Paroles de "Fernand"]

J'ai un beau-frère qui est millionnaire

Il a fait sa fortune dans les cellulaires

Le mois passé, il est parti en vacances

Quelque part dans les îles de la Délivrance

Il s'est trouvé un motel pas trop cher

Quelque chose comme deux fois mon salaire

Avec une vue sur l'Atlantique

Non mais c'est-tu beau avoir du fric

Tout était presque parfait

Sauf un petit quelque chose qui l'intriguait

C'était que tous les débuts d'après-midi

Un homme dormait devant chez lui

Fa'que une journée, un peu curieux

Il dit : « Excusez-moi, monsieur

J'ai une question à vous poser

Mais qu'est-cé qu'vous faites

De vos journées ? »

Le bonhomme d'à peu près trente-cinq ans

Basané, dit : « Je m'appelle Fernand

Tiens, bois ça pis prends l'temps de t'asseoir

J'te dirai tout c'que tu veux savoir »

Mon beau-frère toujours pressé

Hésitait à prendre le thé

Mais il s'est dit qu'une histoire triste

Ça lui rappellerait à quel point il était riche

Fa'que il s'est assis sur sa mallette

Pour ne pas salir ses culottes en Spandex

Pis l'homme a conté son histoire

Comme s'il le faisait tous les soirs :

« Le matin, j'me lève vers six heures

Pis j'saute sur mon bateau de pêcheurs

Je ramène une couple de poissons

Pour ma femme pis mes deux garçons

L'après-midi, je prends ça mollo

J'fais une petite sieste su'l'bord de l'eau

Je reviens chez nous toujours à temps

Voir le soleil sur l'océan »

Mon beau-frère, toujours à l'affût, dit :

« Fernand, tu f'rais d'l'argent si tu t'bougeais l'cul

Si tu pêchais toute la journée

Le poisson, tu pourrais le vendre au lieu de le donner »

« Mais qu'est-cé que j'f'rais avec c't'argent-là ? »

Répond Fernand un peu coma

« Tu t'achètes un maudit gros bateau

Qui va dix fois plus vite que ton rafiot

Fa' que tu peux aller beaucoup plus loin

Où il y a cent poissons pour un marin

Pis ça va tellement te rapporter

Que tu te payes une douzaine d'employés

Pis plus t'as d'pêcheurs, plus t'as d'poisson

Plus t'as d'poisson, moins tu l'vends cher

Moins tu l'vends cher, pis plus t'en vends

Ouais pis plus t'en vends, plus t'es gagnant»

Le bon Fernand, tout mélangé

Regarde mon beau-frère avec curiosité

Pis il dit : « Une fois qu'j'ai fait tout ça

Veux-tu ben m'dire qu'est-cé qu'ça m'rapportera ? »

Mon beau-frère, tout étonné

De voir que le pêcheur n'a pas cliqué, il dit:

« Voyons, astheure que t'es plein d'argent

Tu t'payes une grosse retraite à cinquante ans »

Le bon Fernand, un peu gêné, dit :

« La retraite, qu'est-ce que c'est ?

Je veux pas avoir l'air peu instruit

Mais ce mot-là, on l'connaît pas ici »

Fa' que mon beau-frère se ferme les yeux

Se concentre, sourit un peu

Il pense à la grosse retraite qu'il va se payer

Pis y livre le fond de ses pensées :

« L'matin, j'me lèverai vers six heures

J'sauterai sur un p'tit bateau d'pêcheurs

J'ramènerai une couple de poissons

Pour ma femme restée à la maison

L'après-midi, je prendrai ça mollo

J'f'rai une p'tite sieste su'l'bord de l'eau

Pis j'rentrerai chez nous tout juste à temps

Voir le soleil sur l'océan »

On aurait dit que c'est à ce moment-là

Que l'homme riche est devenu un autre gars

C'est comme si le beau-frère avait compris

Que Fernand était plus riche que lui

Aujourd'hui, mon beau-frère est pêcheur

Quelque part au sud de l'Équateur

Pis l'après-midi, il le prend mollo

Avec son chum Fernand su'l'bord de l'eau